Le désir de l’œuvre totale
Virginie Vandernotte

Dire que la démarche de Virginie
Vandernotte est à la fois courageuse
et originale va de soi. Sa quête
picturale se situe au-delà du seul souci
du positionnement face à la représentation
réelle ou celle de l’abstraction lyrique, deux
territoires qu’elle dépasse pour accéder à la
dimension intemporelle de la création visuelle.
Dépouillée de toute séduction discursive,
purifiée de toute justification esthétisante,
l’œuvre de cette artiste se présente dans sa
simplicité et sa pureté, des qualités qui font sa
force et un des traits de caractère distinctif de
son matériau pictural.
La méthode et la technique employées dans
ses séries sont extrêmement simples, mais
sont en même temps adéquates et aussi
achevées qu’une figure géométrique parfaite.
Lorsqu’elle dessine, V. Vandernotte compose
avec des formes qui se transforment en
autres formes tout en acquérant une stabilité
qui donne à la structure formelle une richesse
de possibilités. Cela nous rappelle parfois les
vues aériennes des champs ou la topographie
à vol d’oiseau.
Dans son répertoire, le dessin raté n’existe
pas. Il est toujours mis à l’épreuve de la
modification, de la réinvention, l’artiste lui
attribue une importance capitale et c’est
justement pour cela qu’il joue un rôle décisif
dans la construction spatiale. Le dessin étant
pour elle une priorité, il devient alors évident
qu’elle semble portée par la dimension
ambiguë des formes qui échappent aux
motifs immédiats de la réalité. Le motif unique
n’existe pas dans son travail. Ces formes
complexes échappent à toute composition
linéaire maîtrisée, elles renoncent à s’inscrire
comme des ornements passifs composant
une surface plate. L’œil de l’artiste saisit avec
subtilité la tension qui réside dans la surface de
la toile ou du papier. V. Vandernotte s’approprie
de ce terrain de jeu pour effectuer des
permutations structurelles qui restent toujours
inclinées vers une idée de mouvement. Or, il
ne s’agit pas d’un exercice théorique ou d’une
approche conceptuelle, mais plutôt d’une
pratique sensible, d’un processus optique
d’investissement de l’espace. À l’intérieur tout
bouge et se développe ; le format devient un
paradoxal terrain en friche souvent dépassé,
débordé, sans centre fixe, mais dans un
équilibre étrangement accentué, et dans une
harmonie qui est orchestrée par l’utilisation
de la couleur. L’artiste sait écouter et saisir
les tressaillements imprévus et incontrôlés
du mouvement et des forces qui l’entourent.
Cette idée de mouvement s’affirme avec le
caractère évocateur de ses inventions, de
ses rêveries. Ses crayons et ses pinceaux
sont au service de l’invisible, de l’inconnu.
Tout est suggéré dans cette concrétisation de
l’indicible, dans ses substances singulières,
mais qui, de part leur humanité, sont tout à la
fois universelles.
(…)
Quelle est la place de la peinture à l’heure
actuelle ? Cette question devrait se placer
sur une ligne de réflexion capable d’intégrer
les différents moyens d’expression à un
paradigme large où l’orientation de l’art
s’affirmerait sur les valeurs inaliénables
de la création, au-delà des conventions et
des banalités ancrées dans des positions
dépassées. C’est cette vérité profonde que
Virginie Vandernotte cherche à atteindre
au-delà de l’apparence concrète des objets
et de la présence rationnelle des choses.
Sa peinture est un exercice éminemment
esthétique qui tient compte de sa place
historique et symbolique dans le monde.

Charles Dujour Bosquet
Docteur en Histoire de l’art, Historien de l’art

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